• CONFINÉE-E-S 2

     

    À partir d'une photo :

    CONFINÉE-E-S 2 

    Crédit  photographique : Brigitte Charnier

     

    l’arbre à pieu

    érige ses armes

    blessées

     

    loin au loin très

    loin la platitude de l’horizon

    contraste avec

    la verticalité de l’arbre

     

    entre les deux une haie protectrice

     

    quel combat se livrent-ils

     

     

    là haut, noces du ciel et des nuages

    observant le carnage

    à venir

     

    mon cœur

    pourquoi tant de fureur

    balafrent les campagnes

     

    Brigitte Charnier alias Margueritte C.

     

     

     

    Platane

    Arbre circoncis

    Membres émasculés

    Désinences foliacées raides sur des avortons noueux

    Croissance contrôlée par des esthéticiens d’obédiences contre nature

    Dans une espace libre éploré au ciel gris chagrin

    Jamais il ne grandira

    Acier coupant

    Acéré

    Cicatrise

    Sève

    Douloureuse

    Infirmité

    Tronçonneuse

    Écologie punitive

    Image d’un corps mutilé, torturé dans son silence muet

    Racine

     

    Jean-Jacques Mazet dit Madia

     

     

    Il attend

    Il attend

    Que passe le temps

    Habitué aux saisons vides

    Aux silences longs

    Les bras nus

    Tendus vers le ciel

    Le cœur dans l'écorce

    Serré

    Les cœurs dans les corps

    Noués

    Tous immobiles et seuls

    À attendre

    Que passe le temps

    Aline Fernandez

     

     

    Le platane

     

    Il fut un temps

    Où j’étais libre et fier,

    Mes ramures majestueuses

    Se jouaient de l’azur,

     

    J’accueillais au printemps

    Les nids et les oiseaux.

     

    Séduit par ma prestance

    L’homme fit de moi

    L’hôte de ses jardins,

     

    Je suis devenu sa chose,

    Il m’a domestiqué,

    Réduit en esclavage,

    Il a tronqué mes branches

    Pour les rendre dociles.

     

    Je tends vers le ciel gris,

    Candélabres sans ors et sans flammes

    Les moignons échappés au carnage,

    Mes rameaux épargnés, dénudés et sans âme

     

    Je me souviens d’un temps

    Où j’étais libre et fier.

    Geneviève Coquard

     

    En réponse 

     

    Ses moignons dardés contre les nuages de plomb,

     

    Le platane semble arracher de lui sa rage et sa hargne.

     

    Pour dire sa souffrance  

     

    Pour affronter le cataclysme. 

     

    Pour conjurer l'impensable.

     

    Mais tout au cœur de lui, ses racines gorgées de terre généreuse lui disent que non, rien ne mérite ni la peur ni la colère, encore moins le tourment ni l'inquiétude. 

     

    Ainsi va la vie, joli platane. On t'a amputé, on t'a saccagé, mais à l'orée de l'été, ton ramage saura comme hier se faire doux au nid des oiseaux et tendre aux étreintes des amants.

    Hopay

     

     

     

     


     

     

     

     

     


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