• La mer retient en ses hauts-fonds

    Le spectre des bateaux

    Envahis par les flots,

    De marée en marée

    Elle s'insinue, les ronge,

    Les tenaille.

     

    Les épaves

    Enlisées à jamais dans les sables,

    Sans révolte, sans haine

    Prêtent leurs flancs rouillés

    A l'assaut des tempêtes échouées,

    A leur silence répond

    Le fracas des vagues,

    Le hurlement du vent.


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  • Qu'êtes-vous devenus,

    Vous dont j'ai perdu la trace,

    Quelles brumes,

    Quels soleils,

    Quels orages

    Ont pavé vos chemins ?

     

    Depuis que de ma vie

    Vous avez disparu,

    Eparpillés çà et là

    Hors de mes paysages,

    Sans remords,

    Sans regrets,

    Sans tapage,

    Qu'êtes-vous devenus ?

    Hasards furtifs,

    Frêles attaches,

    A peine entrevus

    Au détour du chemin,

    Un sourire,

    Un regard,

    Une poignée de main,

    Rencontres évanescentes

    Et puis vous avez disparu.

    Laissant en vos sillages

    La marque de votre passage

    Vite oubliée,

    Un instant retrouvée.

     

    Qu'êtes-vous devenus ?


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  • Plus blanc que noir,

    Moins noir que gris,

    Moins beau que laid,

    Plus laid que les moins jolis,

    Je suis ainsi,

    Mon poil tacheté

    Est celui de ma mère,

    Mes oreilles à l’unisson

    Pendent avec lassitude,

    Mon museau écrasé

    Fripé de rides désolées,

    Mes pattes courtes, torves,

    Ma queue sans panache, sans grâce

    De que ancêtre les ai-je hérité ?

    J’aurais pu naître cocker, carlin,

    Teckel ou dalmatien,

    Je ne suis rien,

    Tout à la fois,

    Ni chien de chasse

    Ni chien de garde

    Ni chien de race

     

     

    Chien de personne,

    Chien de la rue,

    Chien bâtard.

    Je fouille les poubelles,

    Cherche ma subsistance,

    La défendre à tout prix

    A laissé sur mes flancs anguleux

    Quelques traces.

    Ni maître ni collier,

    Par tous les temps

    Je vais mon chemin,

    Chien sans nom,

    Chien de la rue,

    Chien bâtard,

    Tel est mon destin.


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  • La porte verte

     

    Elle était verte

    La porte en haut de l’escalier

    Au fond du pallier,

    Un écriteau : « Sonnez avant d’entrer »

    Mais la sonnette était cassée.

     

    « Bonjour, bonsoir »

    Disait la grand-mère,

    Petite souris grisonnante

    Lorsqu’elle croisait un voisin,

    Un hochement de tête furtif

    Pui elle disparaissait derrière la porte verte,

    Garant de son intimité

    Un tour de clef,

    Sécurité assurée.

     

    Ce jour-là, elle était entr’ouverte

    La porte verte,

    Laissait passer un rayon de lumière

    Sur le paillasson usé,

     

    Laissait filtrer une impression de mystère,

    Celui des maisons qui ont un passé.

    Un courant d’air inopiné,

    Des pas menus précipités,

    Un bruit de chute

    La porte a claqué.

     

    Plus jamais elle ne l’a ouverte

    La porte verte.

     

    Et lorsqu’on l’a emmenée,

    Lorsque les ambulanciers ont refermé la porte,

    Une dernière fois elle l’a regardé

    La porte verte

    Tout au fond du pallier.

     

     


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  • J'irai par les chemins

    De la vie et de l'ombre,

    J'irai au hasard

    Où me guident mes pas,

    Sans penser à demain,

    Oublieux des souvenirs,

    Ignorant mon destin,

    J'irai.

     

    J'irai,

    M'attardant un instant

    Là où le temps n'a plus prise,

    Landes perdues,

    Immensités.

     

    J'irai, hors des chemins

    Au plus fort des soleils de midi,

    Foulant la terre rocailleuse,

    Parmi les ajoncs en fleurs.

     

    J'irai là où les bruyères

    Ensorcelées de brume

    Prédisent l'avenir,

    A moi qui n'ai plus d'âge,

    Dont le passé s'estompe,

    Silhouette impalpable

    Aux confins des terres sans nom.


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